Samedi, 19 Mai 2012

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La santé maternelle

M. Paul Dewar (Ottawa-Centre, NPD): 

Madame la Présidente, voici quelques statistiques clés sur la santé maternelle. C'est très important.

Chaque année, plus de 500 000 femmes meurent de complications liées à la grossesse, et 9 millions d'enfants meurent avant l'âge de cinq ans.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, l'accès à des services de planification familiale et d'avortements sûrs constitue la première étape vers la réduction du taux de mortalité maternelle.

Les méthodes de contraception modernes contribuent à la lutte contre la propagation du VIH-sida en permettant aux femmes séropositives d'espacer les naissances pour mieux se remettre d'un accouchement et d'avoir accès à des services de santé pour empêcher la transmission du virus de la mère à l'enfant.

Dans les pays ayant des niveaux comparables de développement économique, la mortalité maternelle est inversement proportionnelle à la condition de la femme.

Nous voulons que l'initiative sur la santé maternelle comprenne un éventail complet d'options de planification familiale. Le gouvernement doit prendre un engagement ferme concernant le financement, le contenu et la durée du projet.

Le premier ministre arrive tardivement dans le débat. D'autres pays s'intéressent à la santé maternelle depuis des années et ont fait preuve de leadership en matière de financement — voir l'historique —, alors que le premier ministre est encore en mode rattrapage.

Les conservateurs ont très peu de crédibilité en ce qui concerne les questions touchant les femmes dans les pays en développement. C'est leur gouvernement qui, après tout, a banni de son vocabulaire, en réclamant la fin de la violence sexuelle dans la République démocratique du Congo, les termes égalité entre les sexes, violence sexospécifique, impunité et justice.

Pourtant, les problèmes de santé maternelle surgissent parce que les femmes ne peuvent pas décider quand et avec qui avoir un enfant et combien d'enfants elles veulent, ou décider de l'espacement de leurs grossesses.

Si nous regardons bon nombre des indicateurs de la santé maternelle, ils prouvent que les pays investisseurs ont du succès lorsqu'ils s'assurent que les investissements sont adaptés aux besoins des pays qu'ils cherchent à aider. Ce qui est inefficace, c'est d'essayer de dire à ces pays, à ces collectivités, à ces gens qu'ils cherchent à aider sur le plan de la santé maternelle, comment ils devraient s'y prendre.

J'espère sincèrement que nous en avons fini avec ce genre d'idéologie axée sur le conservatisme social lorsqu'il s'agit de santé maternelle et de développement en général et que ce que nous avons vu sous des gouvernements précédents ici, au Canada, comme à l'étranger est chose du passé. Ce qu'il nous faut maintenant sur le plan des engagements, ce sont non seulement des paroles, mais bien des gestes concrets qui témoignent de notre compréhension. Les pays qui ont pris des engagements à l'égard des objectifs du millénaire et qui ont dit qu'ils les appuieraient non seulement par des paroles, mais aussi par des gestes connaîtront beaucoup de succès dans les projets liés à la santé maternelle dans lesquels ils ont investi.

Regardons d'autres pays qui, au cours des trois dernières années, ont joué un rôle important dans le dossier de la santé de la mère. L'an dernier seulement, d'autres pays se sont engagés à apporter une contribution de 5 milliards de dollars dans le cadre d'un nouveau consensus mondial sur la santé des mères, des nouveaux-nés et des enfants. En 2007, la Norvège et la Hollande ont promis de consacrer 1,2 milliard de dollars, sur une période de dix ans, à la santé de la mère et de l'enfant. J'ai dit plus tôt que nous nous étions joints à ce débat sur le tard, et ces chiffres le confirment. D'autres pays ont non seulement manifesté leur intérêt à l'égard de ce dossier, mais ils ont aussi joint le geste à la parole en fournissant des fonds.

Nous sommes heureux que le gouvernement souhaite maintenant s'occuper de la santé des mères, même s'il a mis du temps à participer au débat et à comprendre l'importance de ce dossier, mais il importe de bien saisir tous les aspects de la question. Nous ne pouvons pas nous contenter de nous asseoir à la table et de dire que nous voulons agir, puis repartir sans prendre d'engagement financier. Certains craignent, et je partage leur préoccupation, que les budgets accordés pour favoriser la santé des mères soient assortis de conditions. Si c'est le cas, si c'est ce que le gouvernement envisage, cela ne va pas aider les femmes qui ont tellement besoin d'aide maintenant. Une telle façon de faire ne serait alors qu'un petit jeu auquel s'adonnerait le gouvernement par pure idéologie.

Ce que nous espérons de la part du gouvernement — et, en fait, j'appuierais une motion en ce sens — c'est qu'il dise que nous voulons nous occuper de la santé des mères, que nous voulons faire quelque chose face aux statistiques qui, année après année, montrent que les femmes sont les personnes qui souffrent le plus. Pourquoi? Parce que ce sont elles qui sont sur la ligne de front dans les économies du tiers monde.

J'ai fait allusion à la République démocratique du Congo. À l'heure actuelle, une guerre sévit dans ce pays. Il s'agit d'une guerre des sexes et les personnes qui sont au front ne sont pas des soldats, mais des femmes. Le viol est utilisé comme une arme de guerre au Congo. C'est aussi le cas ailleurs. Ces femmes doivent élever des enfants tout en étant victimes de viol. Ces actes visent à intimider les gens et à les contraindre à quitter les endroits où ils vivent, afin que les sociétés minières puissent s'y installer et extraire le coltan et d'autres minéraux qui, en bout de ligne, alimentent le conflit.

Si nous ne comprenons pas le rôle des femmes et des sexes, cela voudra dire que nous avons abandonné ces femmes et que nous nous sommes contentés de beaux discours face à un dossier d'une telle importance. Je ne parle pas seulement de leur fournir de l'eau potable en pensant que cela réglera le problème. Je parle de mettre les femmes au coeur du processus décisionnel. Comme je l'ai mentionné, les femmes sont sur la ligne de front dans les conflits du tiers monde, elles sont sur la ligne de front lorsqu'il s'agit de subvenir aux besoins des enfants. Historiquement, les femmes ont toujours été sur la ligne de front pour ce qui est d'assurer la survie de notre espèce.

Si nous regardons les déclarations récentes du gouvernement relativement à sa volonté de faire en sorte que la santé de la mère soit un dossier clé au sein du G8 — et, vraisemblablement, du G20 —, et que l'on jette un coup d'oeil sur le budget, nous constatons un certain écart. 

D'une part, le gouvernement affirme qu'il veut s'occuper de la santé maternelle, contribuer au développement des femmes en y investissant et s'assurer que les femmes ont tout ce dont elles ont besoin pour aider leurs enfants. D'autre part, nous voyons ce que sont ses intentions dans le budget. Nous aurions cru que le gouvernement aurait augmenté son aide étrangère en matière de santé maternelle au cours des prochaines années, pas seulement cette année mais au moins pour les cinq prochaines années puisque les objectifs du millénaire prendront fin en 2015. Toutefois, le gouvernement est en train de réduire l'aide étrangère.

Que diraient les intervenants de première ligne qui s'occupent des questions relatives à la santé maternelle et qui, voulant aider les femmes du Congo à prendre des initiatives et à prendre leur vie en mains, désirent leur donner les outils nécessaires pour les aider à changer les choses et leur fournir les ressources et l'aide dont elles ont besoin? Diraient-ils que le gouvernement agit comme intermédiaire impartial, comme quelqu'un qui veut les aider, lorsqu'ils examineront le budget et constateront que le gouvernement a réduit l'aide accordée à ces personnes?

Nous voulons que la santé maternelle soit considérée comme une priorité. Nous voulons nous assurer qu'il n'y a pas de restrictions sur les fonds accordés et les endroits où ces fonds sont dépensés. Nous voulons nous assurer que ces fonds aident les femmes partout dans le monde. Nous ne voulons pas que les décisions soient influencées par des considérations idéologiques. Nous voulons que l'argent soit versé aux gens qui en ont besoin. Cependant, pour ce faire, le gouvernement doit prendre un engagement concret à cet égard et joindre le geste à la parole. Il ne l'a pas fait dans le budget.

Si le gouvernement veut vraiment se pencher sur cette question, il doit changer ses priorités économiques. Il doit s'assurer que des fonds sont prévus pour cette année et les années à venir.

Le NPD appuiera la motion pas juste aujourd'hui, mais, comme nous l'avons toujours fait, maintenant et dans les années à venir afin de nous assurer que les femmes à l'étranger qui ont besoin d'aide la reçoivent.

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